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Entreprendre en Haïti

Entreprendre en Haïti

Publication of type Interview published on 24-06-2015

En 2010, face à l’ampleur du désastre causé par le séisme, Jaquelin Calixte, Haïtien vivant en France depuis l’âge de 12 ans, décide avec quatre associés*, de s’engager en faveur de la reconstruction du pays. Après une visite sur le terrain, il rentre en France et crée Kaléos, une société de négoce de café et de cacao, avec le soutien d’HEC.

Quel constat a présidé à la création de Kaléos ?

Il nous est apparu évident que le paysan haïtien n’était pas au centre du système. Il est l’oublié de l’économie. L’objectif était d’inverser les rôles, de mettre le paysan au cœur en lui donnant les moyens de vivre dignement de son travail. La filière cacao existe depuis le 19ème siècle en Haïti mais celle-ci est en décroissance depuis de très nombreuses années. Les paysans n’arrivent pas à vivre de leur production. Ils préfèrent planter d’autres cultures plus rémunératrices, voire sont contraints de couper les arbres afin de fabriquer du charbon du bois. Ce qui, par ailleurs, pose un véritable problème écologique d’érosion des sols. Le drame du séisme m’a fait l’effet d’un électrochoc. Haïti est le pays de la débrouille, le pays où on peut faire beaucoup avec peu, alors nous nous sommes lancés. Nous ne connaissions absolument rien aux secteurs du café et du cacao. Nous avons pourtant décidé de prendre sur nos congés et week-ends et de créer Kaléos.

 

Quelles sont les actions mises en œuvre en faveur des producteurs ?

Dans un 1er temps, nous avons formé et équipé les producteurs afin d’augmenter le rendement et la qualité de la production, notamment en introduisant les techniques de fermentation du cacao. Le rendement d’un hectare était de 200kg alors que normalement celui-ci oscille entre 600 et 800kg. Nous nous engageons à acheter la production à un prix équitable et les producteurs reçoivent une prime de 200$US par tonne exportée. Cette somme est versée dans un fonds de développement communautaire qui est géré collégialement par l’ensemble des producteurs. Aujourd’hui, non seulement ils financent eux-mêmes le fonds, mais ils décident également de l’affectation de l’argent en fonction des priorités locales. En bref, ils font ce que, jusqu’à présent, ils attendaient des ONG. Pour l’anecdote, notre premier container est resté bloqué à la douane haïtienne car les fonctionnaires ne connaissaient pas les produits biologiques et voulaient appliquer la procédure de fumigation utilisant des produits chimiques. Le ministère du commerce d’Haïti les a donc formés et, depuis, tous nos containers ont quitté le pays sans encombre.

 

Aujourd’hui, quels sont les résultats de Kaléos ?

En quatre ans d’activité, nous avons triplé le revenu des paysans. Le projet est aujourd’hui rentable et nous sommes passés d’une coopérative de 400 à 1 500 paysans. Cinq nouveaux groupements de paysans vont intégrer le projet dans le courant de l’année 2015. Enfin, Kaléos est certifié bio et équitable par ECOCERT et Flocert (Max Havelaar).

 

Quelles sont vos perspectives pour le futur ?

A termes, l’objectif est de dupliquer le modèle dans d’autres communes auprès d’autres coopératives du pays, voire d’élargir à d’autres produits. Par ailleurs, notre défi est de réussir d’ici quelques années à proposer un produit fini 100% haïtien. Cela nécessiterait énormément d’investissements, notamment pour pallier à l’environnement climatique peu propice à la production de chocolat, mais nous restons optimistes.

 

Quels sont vos besoins actuels pour assurer le développement de Kaléos ?

Ils sont multiples :

·        Expertise (conseil agronomique, séquençage génétique des espèces de cacao, entretien des champs,…) ;

·        Financier, nous avons l’ambition de construire un grand centre de traitement nous permettant de préparer plus de 1000 tonnes de cacao à l’année ;

·        Marketing, nous avons un vrai déficit d’image, communiquer sur nos actions, mettre les paysans en avant et en valeur.

 

Vous considérez-vous comme un « Social Business » ?

Tout à fait. Je crois que Kaléos est un « Social Business » dans son ADN. Nous avons pensé dès le départ ce modèle. Nous croyons que c’est le seul modèle qui peut réellement apporter du mieux vivre, notamment dans les campagnes haïtiennes laissées à l’abandon.

 

Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux haïtiens qui envisagent d’entreprendre en Haïti ?

N’ayez pas peur, pensez, modélisez, structurez et foncez.  Il y a tellement de « richesses » dans ce pays !

 

* Nassera El Kadari, Didier Daigremont, Samson Zélé et Yves Nda

THÈMES D'ENGAGEMENT SOCIÉTAL
Développement économique et local, Commerce équitable, Social Business
ZONES D'INTERVENTION
Haïti
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